L’arrivée lente de la GEM-Nation

Les GEM ont beau exister depuis presque 15 ans, ils restent encore une structure en émergence, très mal connue du public et dont beaucoup de progrès peuvent être attendus dans leur organisation. Pas grand-chose n’a été fait pour l’instant pour leur permettre de mieux fonctionner au quotidien ou pour la fonction d’animateur de GEM soit reconnue à sa juste valeur.
Et ce n’est pas faute d’une croissance assez fulgurante : 30 Clubs en 2005, 300 en 2011, plus de 500 en 2019. Et pourtant, demandez dans votre entourage non-psychiatrique qui a entendu parler de ces structures… vous ne trouverez sans doute guère plus de un ou deux pour cent de “connaisseurs”. Parlez leur alors du Secours Catholique et vous aurez là plus de 99 % de la population Française qui connaît cette association. Pourtant en terme d’heures, les bénévoles des GEM (tout adhérent d’une association n’est-il point un bénévole ?) sont 10 fois plus actifs que ceux du Secours Catholique.
Cela s’explique par plusieurs choses et avant tout par le voile pudique duquel on continue de recouvrir tout ce qui a trait à la psychiatrie, sans doute un des derniers Far West de nos sociétés modernes. L’absence de liens forts entre chacun de ces GEM ou de structure solide unissant l’ensemble des GEM autour d’une association commune, un fonctionnement en autarcie locale, fait qu’il est impossible d’avoir une vision d’ensemble de ce que sont (et de ce que font) les GEM aujourd’hui. Il existe bien une évaluation de l’ANCREAI, réalisée au cours de l’année 2017, mais elle n’a été réalisée qu’auprès de 25 GEM et porte assez peu sur leur vie au quotidien, leurs réalisations et leurs façons de s’organiser,

Encore de gros déficit dans la fédération des pratiques et la construction d’une identité commune

Quant aux 2 fédérations nationales (CNIGEM et UNGF), elles étaient jusqu’à récemment un peu des coquilles vides, notamment à cause d’un manque de financement (7 000 € par an, à peine de quoi payer les notes de frais des membres du CA pour se rendre à Paris et déjeuner ensemble) ; Elles se contentaient de vivoter n’entreprenant que des expériences ponctuelles de peu d’ampleur, comme en témoigne leur quasi-absence sur Internet et l’absence de véritable travail collectif donnant lieu à des restitutions publiques : pas de réponses aux courriels envoyés, organisation de journées nationales dont on ne retrouve aucune trace écrite (sur Internet du moins… Le vice-président du CNIGEM n’a participé à aucune réunion depuis plus de deux ans et était incapable jusqu’à l’été 2018 de nous dire où en était la fédération. Les contacts InterGEM sont plus ou moins approfondis suivant les régions et l’appartenance du GEM à tel ou tel parrain. On trouve dans beaucoup de départements des gestionnaires qui ont en charge plusieurs GEM à la fois (les amis de l’Atelier dans les Yvelines, Espoir2 dans l’Aisne). Dans ces cas- là on observe une intégration beaucoup plus grande des GEM entre eux, avec présence d’animateurs volants, de réunion mensuelle, d’un coordinateur qui gère l’ensemble des 3/4 GEM en même temps. Les GEM enfant unique, dont le gestionnaire ne s’occupe d’aucun autre GEM, eux ont beaucoup plus tendance à vivre isolés, d’autant plus quand ils sont pauvres, ne disposant souvent pas de véhicule…

Au niveau individuel également dans certains départements comme l’Oise, l’Aisne ou le nord, chaque GEM reste encore dans son coin, sans beaucoup de contacts avec les GEM d’autres villes et a fortiori d’autres départements. Seuls quelques groupements InterGEM commencent à voir le jour comme dans le Midi Pyrénées (Pamiers, Rodez, Albi) et en Bretagne où une dizaine de GEM se réunissent tous les 2/3 mois à Pontivy (Bénévoles InterGEM et Professionnels InterGEM (BIG-PIG). Les différents départements des Hauts de France ne semblent pas encore avoir organisé de collaboration régulière (une rencontre ludique par an, pas de rencontres entre animateurs, présidents ou parrains). La plupart des rencontres InterGEM, quand elles ont lieu, ne donnent pas lieu à une réflexion commune mais surtout à des activités ludiques (karaoké, …). On note donc pour le moins une certaine indifférence à la collaboration entre GEM. Le CNIGEM, censé être la fédération de tous les GEM, se plaint d’ailleurs d’avoir du mal à recruter de nouveaux adhérents (40 cotisants au début de l’année, une centaine à la fin 2018 grâce à une campagne d’une vingtaine de formations sur le respect des cahiers des charges) puis un retour à 67 cotisants en octobre 2019.


Sans vouloir créer un république des GEM, on peut cependant constater que tant qu’une dynamique fédérative et collaborative ne verra pas le jour, les GEM seront condamnés à vivoter dans un certain immobilisme conceptuel et imaginatif. C’est d’ailleurs ce qu’on peut souvent leur reprocher : se limiter à de l’occupationnel, là où Clubs Thérapeutiques et ClubHouses mènent une profonde réflexion sur leur pratique. Leur problème, c’est un peu celui de toutes les peuples qui n’ont pas d’histoire et qui ont donc du mal à se mettre sur des rails, ne pouvant se référer, comme les Clubs Thérapeutiques par exemple, à de glorieux ancêtres.

La montée en puissance du CNIGEM

La situation semble cependant depuis le début de l’année 2018 en train de radicalement changer. Le CNIGEM et les 4 autres associations d’usagers en charge des GEM ont reçu une subvention de 300 000 € pour organiser des formations à la gestion de GEM (24 sessions de formation organisées entre janvier et septembre 2018. Le CNIGEM pourvu de la meilleure dotation (les 2/3 auquel ceux sont ajouté 78 000 € de financement comme si le CNIGEM était considéré comme un GEM) en a profité pour lancer une campagne de recrutement de nouveaux adhérents et refaire entièrement son site WEB et recruter un WEBMaster à la fin du mois d’août (encore largement en construction et ne comptant qu’une vingtaine de pages à cette date). Le site WEB s’enrichit depuis cette date d’une page tous les 15 jours. La journée des GEM, traditionnellement organisée par la FNAPSY est d’ailleurs depuis 2018 directement pilotée par le CNIGEM.

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2 Commentaires

  1. L’arrivée lente de la GEM-Nation
    Merci Ségo pour ton témoignage il est très intéressant par ce qu’il montre : que le GEM est une étape supplémentaire de retour à la vie, après un éventuel premier passage en CATTP, que certains gestionnaires et parrains sont parfois un peu envahissant ou du moins ne prennent pas à sa juste mesure le besoin de liberté es gémeurs. C’est pour ça d’ailleurs que dans ses recommandations l’ARS souligne l’importance d’avoir un local en ville, loin de tout ce qui peut ressembler à une structure médico-sociale ou à une famille d’usagers. D’ailleurs apparement c’est ce type de démocratie dirigée qui t’a poussé à abandonner ton premier GEM. Tu évoque aussi avec justesse le fait que certains GEMs fonctionnent plus en autarcie que d’autres, plus ouverts sur l’extérieur. C’est ainsi que certains n’organisent, faute de véhicule, aucune sortie en extérieur, alors que d’autres sont toujours par monts et par vaux. Ton témoignage illustre aussi très bien le fait que l’on est pas forcément Gémeur à vie, que c’est souvent un passage de l’existence, puisque toi même tu as arrêté pendant plusieurs années avant de retrouver GEM à ton pied. Bonne journée et au 8 octobre prochain normalement…

    • Ségo d'Angoulême sur 11/09/2019 à 15:19

    L’arrivée lente de la GEM-Nation
    J’ai connu l’existence des GEM entre 2011 et 2013, alors que j’habitais à Tarbes. Malheureusement, à ce moment là, je n’ai jamais réussi à y mettre le pieds. C’était plus facile d’aller au CATTP.
    Passons.
    En 2014, de retour à Angoulême, j’ai découvert un GEM (aujourd’hui disparu) à proximité de ma nouvelle adresse. À ce moment là, aucun inter-GEM (pas de sorties, non plus, le GEM étant très axé sur l’accueil et la création artistique)… Il faut dire que la Charte n’était pas franchement respectée, ni connue d’ailleurs, et qu’une simple “inscription” suffisait pour être considéré comme “membre”. Juridiquement parlant, il n’y avait en réalité tout simplement pas de GEM, puisque pas d’association (avec un bureau et un CA)! Ceci, à quoi ce sont ajoutés de graves dysfonctionnements, m’a poussée à en arrêter la fréquentation.

    Ce n’est qu’en septembre 2018 que j’ai véritablement adhéré à un GEM.
    Le moins connu d’Angoulême, peut-être… le GEM Être ensemble.

    Un GEM en renouvellement et réinvention, après une crise interne s’étant produite avant mon arrivée.
    Peu d’adhérents et peu d’usagers, mais ceci étant du à la fameuse invisibilité des GEM.
    Cet aspect est en outre aggravé par de grosses carences en communication (une plaquette plate et sans âme, qui n’est pas vraiment distribuée à l’extérieur de nos murs, par exemple).
    En outre, les adhérents de longue date montrent une très grande dépendance à notre organisme gestionnaire, dont le GEM a partagé les locaux pendant de très nombreuses années. De fait le cordon est difficile à couper, dans la mesure où nous sommes voisins de trottoir.

    Un très bon point cependant : nous faisons fonctionner l’inter-GEM!
    Nous connaissons les animatrices des autres GEM d’Angoulême (4 au total) et de Charente (5). Certes c’est la plus grande partie du temps pour des sorties ludiques (journée en plein air, jardin partagé, repas de Noël, sport hebdomadaire…) mais également pour accroître la visibilité des GEM… quitte à froisser nos gestionnaires et parrains en invitant (par exemple) un sociologue dont les travaux semblent créer quelques remous idéologiques…

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