Président, la figure montante des GEM

Pour aller plus loin :

Les GEM sont des Associations loi 1901 d’adhérents qui ont élu un Bureau du Conseil d’Administration qui lui-même élit un Président. Ainsi sont censés fonctionner tous les GEM. Et c’est le cas officiellement de plus de 90 % d’entre eux si l’on en croit les chiffres de l’enquête de l’Ancreai de 2017. Dans les faits, pourtant, la situation varie fortement d’un GEM à l’autre et l’on trouve aussi bien des Présidents dictateurs à la Ben Ali que des Présidents potiches à l’allemande. Tout va dépendre en fait de la place et de l’autonomie dans la gestion financière que vont bien vouloir laisser parrains et gestionnaire, au Président. Dans beaucoup de cas ça se passe très bien, mais ça peut aussi aller très loin dans le clash comme on a pu le voir à Bordeaux où les frasques d’un GEM ont même fait l’objet d’une pleine page dans la presse locale (les mauvaises langues vous diront que c’est de notre faute.).


Dès le départ, les GEM ont été conçus comme des Associations d’usagers dont l’animateur était un simple professionnel à leur service. Cela dit très rares (moins d’une vingtaine sans doute et ça sera la mission archéologique de notre thèse d’en trouver le chiffre) ont été les GEM directement mis en place par des Associations d’usagers.

Une certaine tension entre l’Association et la structure gestionnaire


La plupart du temps, ce sont des structures médico-sociales ou des familles d’usagers qui ont présidé à la naissance d’un GEM. L’autonomisation ne s’est faite ensuite que très progressivement et de façon très différenciée suivant les cas, sous une forte pression de l’État et de la FNAPSY. C’est le Cahier des Charges de 2016, qui a rendu définitivement obligatoire que les GEM soit gérés par une Association d’adhérents, donnant comme date butoir 2019 pour une passation complète des pouvoirs. Cette passation des pouvoirs est maintenant faite presque partout (hormis les quelques Présidents-fondateurs indéboulonnables des GEM de Saint Quentin et Vanves, même à BPBO la tenace Galinot a pris sa retraite pour devenir Présidente d’honneur), mais dans la réalité il reste bien 2 types de GEM, ceux gérés par les professionnels et ceux ou ce sont les adhérents qui règnent en maître.


Les GEM ont beau être des Associations d’usagers, il ne faut pas cependant considérer que le Président a forcément le pouvoir. La moitié des GEM que j’ai rencontré, sont en fait plus ou moins fortement dominés par leur animateur, le rôle du Président étant parfois même uniquement de rendre compte à celui-ci et de cogérer les 300 Euros mensuels dédiés aux activités du GEM. Il faut dire que nous trouvons souvent dans une situation délicate où beaucoup de GEM, ne savent pas forcément très bien retenir leurs éléments les plus dynamiques, en raison d’une offre occupationnelle parfois un peu limite. Résultat, on se retrouve avec peu de personnes capables d’assurer une véritable présidence et beaucoup des Présidents de GEM sont portés par leur animateur plus qu’ils dirigent eux même le GEM. Ça fait partie du processus de rétablissement d’ailleurs d’être Président de GEM. Mais nous nous trouvons face au paradoxe suivant ou celui qui peut être Président de GEM n’a aucun intérêt à rester dans le GEM et ou ceux qui y restent et deviennent effectivement Président sont soit sous le joug de l’animateur, soit des Présidents réellement fous dont la présidence risque fort de devenir pathologique. On trouve aussi le cas de figure où le Président (comme au GEM de Nogent-sur-Oise ou à celui du Passage) est un ancien Gémeur, retourné depuis dans la vie active et qui ne fréquente plus guère le GEM, mais qui reste Président par fidélité.

Les GEM autogérés

La ligne de partage fondamentale se situe entre les GEM qui sont leur propre gestionnaire et ceux qui ont recours à une Association gestionnaire, chargée de salarier les animateurs et tous les frais de gestion. Dans le premier cas, c’est le Président du GEM qui a en charge avec son Bureau les 78 000 Euros de la subvention et c’est lui le supérieur hiérarchique des animateurs. En revanche, si le GEM est géré par une structure extérieure, souvent médico-sociale, qui possède souvent 2 ou 3 autres GEM dans le département, les animateurs, souvent dirigés par un coordinateur, y ont la plupart du temps un rôle beaucoup plus crucial. Non simplement, le Président n’y dispose plus du pouvoir de l’argent et de décision de l’affectation des ressources, mais il se retrouve face à une superstructure avec laquelle il aura du mal à faire le poids.

Quand il n’y a qu’un gestionnaire, faisant office de parrain, ce qui est en réalité très souvent le cas, même si c’est interdit par le Cahier des Charges, c’est bien souvent son animateur salarié qui a le pouvoir. Un parrain fort, peut être le gage d’un rôle limité de l’animateur au profit du Président. Un parrain indépendant et fort comme l’Unafam, est souvent la garantie d’un régime Présidentiel, les parrains, souvent familles d’usagers, cherchent avant tout l’empowerment des adhérents. Le gestionnaire, issu quant à lui des structures médico-sociales, a tout intérêt à maintenir en place le pouvoir des professionnels. Mais là encore, le rôle du Président s’arrête là où commence celui du parrain. Pour résumer, le Président est maître dans son GEM, mais sous le contrôle du parrain dès qu’il s’agit de contact et de communication externes. Nous avons particulièrement vécu cette situation au moment où nous organisions la projection d’un film sur un GEM (La projection de “Nous, les intranquilles”, un psychodrame moderne).

Si la plupart des GEM sont présidés par un adhérent, il reste encore 10 % de GEM présidés par le parrain ou le gestionnaire, comme c’est le cas de Rabelais à Montpellier, où le Président dirige par ailleurs l’ADAPEI locale. Il se contente de venir tous les lundis soir signer les papiers importants, sans que personne ne le voie jamais. Le fait qu’un adhérent soit Président, veut dire que c’est l’usager qui a le pouvoir sur l’animateur salarié. On assiste dans la plupart des cas à une répartition des charges entre l’animateur et le Président.

Mais dans certains GEM, comme celui de Beaumont à Clermont-Ferrand, c’est typiquement les 2 animatrices qui ont le véritable pouvoir, le Président ayant en tout pour rôle (selon leurs propos) de leur rendre compte des souhaits des adhérents et ne pouvant gérer que les 500 Euros de budget activités/sorties. Sylvain Bourg dans son mémoire de DEIS (La participation des personnes en situation de handicap psychique dans les Groupes d’Entraide Mutuelle Mémoire du Diplôme d’État en Ingénierie Sociale-Université de Toulouse Jean Jaurès 2017) consacre plusieurs dizaines de pages à l’examen de cette répartition des pouvoirs, entre animateur/adhérent et à ses conséquences sur la gestion plus ou moins chaotique ou contrainte du GEM.

Des Présidents plus ou moins puissants

Dans certains GEM, le Président est une construction du parrain qui l’a soigneusement sélectionné parmi l’ensemble des adhérents, formé puis entraîné à être une sorte de parfait petit soldat. Le Président est souvent aussi un nouveau venu, plus dynamique que les adhérents jusqu’ici présents et moins happé par le groupe, donc plus apte à s’en détacher et à prendre le contrôle. Dans plusieurs GEM, nous avons trouvé des Présidents qui exerçaient par ailleurs un métier à plus ou moins plein temps. C’est ainsi que le Président du GEM Oisis de Nogent-sur-Oise (jusqu’en juin 2019) était par ailleurs programmateur informatique dans une SS2I parisienne, tandis que celui de l’Étoile Polaire (également affilié à Argos2001, comme quoi les bipolaires font bon ménage avec le monde de l’entreprise) exerce comme métreur auto-entrepreneur. Au GEM le Passage du 6éme arrondissement parisien, le vice-Président est photographe à l’agence Magnum. Un des Présidents de GEM le plus connu est sans doute Vincent Demassiet, à la fois Président du GEM de Lille, le Chti Bonheur et Président du Réseau des Entendeurs de voix. Vu de loin, c’est un peu le type même du cumulard puisqu’il est aussi consultant au CCOMS et fondateur d’une dizaine d’autres réseaux.

On trouve aussi quelques Super-Présidents (ceux que qui le sont doublement, triplement comme le cas de l’ex vice-Président du CNIGEM Président de pas moins de 3 structures locales, la présidence du GEM lui ayant servi de marche-pied pour ensuite devenir Président d’un maximum d’autres structures).

Extrait du règlement intérieur du GEM Arlequin (Lyon) document datant de 2012

Président : Il est la personne qui représente ARLEQUIN, il signe les courriers officiels. Il représente le GEM auprès des instances extérieures, le Conseil Local de Santé Mentale et dans les conventions, les rencontres inter-GEM. Il fait le lien avec Luciole. En son absence, c’est le vice-Président qui le remplace. Il peut remplacer le trésorier absent et avoir la signature sur le carnet de chèque. Il veille au bon fonctionnement général du GEM, au respect du règlement. S’il constate un problème, il réunit le bureau pour en discuter et prendre une décision afin de régler le problème. Si c’est un problème de discipline, il peut demander l’aide de l’animatrice et de Luciole. Il veille à la distribution de la charte pendant les entretiens d’accueil. Sa mission est d’assurer la transmission des infos lors des C.A et des C.A de l’Association parraine. Il permet par sa fonction de garantir le fonctionnement démocratique et la participation de tous les adhérents aux décisions qui précisent les choix du GEM et de son organisation. Il veille à l’application des décisions prises. Ses compétences et sa neutralité sont mises au service du dialogue. Il est presque un « médiateur ».

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1 Commentaire

    • Martyr Brigitte sur 05/04/2020 à 12:19

    Président, la figure montante des GEMs
    Bonjour Stefan,
    Suite à notre conversation sur MP Facebook,
    Dare dare, je m’inscris.
    Merci pour le travail que vous accomplissez pour une meilleure communication entre les GEM(s).

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