Brève histoire des GEM

Lancés il y a bientôt quinze ans par la fameuse loi de février 2005 sur la reconnaissance du handicap psychique, les GEM ont ouvert leurs portes par centaines jusqu’en 2009 : il en existait déjà plus de 350 fin 2011, c’est à dire beaucoup plus que les 300 que les autorités de santé s’étaient alors fixés. 6 mois après la publication des décrets en août 2005, 111 GEM avaient déjà ouvert en mars 2006 et ils étaient déjà 204 à la fin 2006 (source Parution N° 3 de la revue Santé Mentale de la FASM 2007). Plus de la moitié des GEM créé dans les 6 premiers mois de 2005 (69 exactement) s’appuyaient sur des structures qui existaient déjà depuis plusieurs années.

On trouve les premières références à la nécessité de groupes d’usagers dans le livre blanc de la santé mentale de 2001 co-écrit par la conférence des présidents de commission médicale d’établissement (CME), de centres hospitaliers spécialisés (CHS), la Croix-Marine, la FNAPSY et l’UNAFAM. L’apparition d’une vértiable association des usagers de la psychiatrie comme la Fnapsy et la loi de 2002 sur la meilleure représentation des usagers dans le systéme de soin ont indubitablement servi de marche pied à la la loi de 2005.

Les clubs d’usagers pré-existants

Une centaine des GEM actuels existaient déjà avant la création officielle du concept de GEM sous forme de Clubs Thérapeutiques ou d’associations d’usagers, appelés Clubs Sociaux. Le choix de la dénomination de GEM ne s’est d’ailleurs pas fait immédiatement. Les premiers documents internes de l’UNAFAM sur la création de ces clubs en 2004 mentionnent le nom de Club d’Accueil et d’Entraide. Parmi cet ancêtre des GEM citons notamment le Club d’usagers chapeauté par les Croix Marines, l’Autre Regard, créé dès 1985 à Rennes par Dominique Launat, le co-chef avec Pierrick du CNIGEM, dans la foulée des premières semaines de la Santé Mentale. L’expérience de 2001 l’Espace Convivial et Citoyen d’Advocacy Normandie, fiancé par l’Assurance Maladie, qui sera dupliqué à Rouen inspira aussi grandement la définition du 1er Cahier des charges dans sa dimension “participation citoyenne”. Ce rôle est aujourd’hui un peu sous-estimé dans la mesure où Advocacy a été un peu marginalisé ces dernières années, tout comme Maïté Arthur qui fut l’égérie des GEM du sud.. Advocacy continue cependant de jouer un rôle certain, comme le démontre la présence de Martine Dutoit ou de Philippe Guérard, 2 de ses cofondateurs au Comité de suivi des GEM. L’Espace Convivial et Citoyen a depuis fortement essaimé dans le Calvados avec 3 autres GEM, sans oublier son homologue parisien.


Si la plupart des associations d’usagers existants sont devenus des GEM, quelques associations, comme Via Nova (Paris 19e Club Thérapeutique) ou Toute Voile dehors (Toulouse Association d’usagers) ont refusé de se transformer pour pouvoir garder leur spécificité, quitte à ne pas recevoir les 78 000 € de financement ARS. Il y a eu une assez forte résistance au concept non soignant et low cost des GEM du côté des Club Thérapeutiques et du monde hospitalier. Les GEM permettent aux pouvoirs publics de prendre en charge cette population en faisant d’énormes économies fianciéres.


Les Croix Marines à la pointe du mouvement dans les années 60

Ce sont les Croix Marines (devenues Santé Mentale France depuis 2015 par la fusion avec l’Agapsy) qui ont lancé le plus grand nombre de clubs thérapeutiques dès les années soixante. Si Santé Mentale France semble moins présente sur le terrain des GEM que ses consœurs de l’Unafam et de la Fnapsy, elle continue pas moins à parrainer ou à gérer une dizaine de GEM. On dit que le D Day des GEM eu lieu lorsque qu’Anne Marie Montchamp, alors secrétaire d’Etat aux personnes handicapées, a visité un club de malades de Bordeaux. Bouleversée par cette visite, elle aurait décidé de la généralisation de tels lieux de vie. Claude Finkelstein, la dynamique présidente de la FNAPSY fera le reste, notamment suite à un voyage au ClubHouse de Londres. Elle imposera notamment le principe des GEM gérés par les usagers eux-même. Claude est sans doute de loin la personnalité la plus connue de la santé mentale : elle a même eu droit à un portrait en une page dans le journal le Monde au moment de la création des GEM. Mais son association qui a connu des hauts et des bas est cependant beaucoup moins puissante que l’UNAFAM, et elle parraine un bien moins grand nombre de GEM : 40 contre 160 pour l’UNAFAM

Le premier pics des années 2010

Les GEM rencontrent un succès inattendus et très important. un doublement d’année en année de 2005 à 2009 : 50 en 2005, 1 en 2006, 200 en 2007,… Pour faire face à cette rapide croissance, l’organisation des GEM fera d’ailleurs l’objet de juin 2013 à février 2014 de nombreux séminaires de réflexion. C’était l’époque héroïque où tout était à inventer, avec la très dynamique Maïté Arthur et son UNGF (Union Nationale des GEM de France) et une FNAPSY en pleine période de créativité, celle-ci aussi d’un militantisme certain avec de vraies polémiques et des articles aux titres très durs (qui veut tuer les GEM en 2011 par exemple) On ne retrouve plus du tout aujourd’hui où le CNIGEM est beaucoup plus devenu un gestionnaire au service des pouvoirs publics.


Le nombre de GEM a quasiment stagné entre 2012 et 2014, le budget des GEM n’augmentera d’ailleurs pas d’un centime , comme s’il y avait un retournement de tendance, explicable à la fois par les lois sécuritaire de 2011, la crise connue par la gouvernance des GEM (La FNAPSY s’étant retirée du triumvirat). Dans cette période sur 70 GEM qui se créent presque les 3/4 seront des GEM cérébro-lésés… certains GEM psychiques étant même repris par les C L.Cette baisse de régime s’est d’ailleurs sentie dans le nombre de dossiers spéciaux et d’articles consacrés aux GEM qui a quasiment disparu depuis 2011. Sans doute un effet des modes journalistiques qui ne s’intéressent qu’à ce qu’il y a de nouveau, mais pas que… Les GEM ont sans doute un peu perdu de leur pouvoir d’attraction à ce moment-là remplacé par le concept furieusement tendance de pair-aidance. Qui capte dorénavant tous les budgets.On notera que la moitié des GEM créés de 2013 à 2016 seront des GEM cérébro-lésés, certains GEM Psychiques devenant d’ailleurs Cérébro-lésés.

Il y eu aussi le clash avec la FNAPSY qui voulait à tout prix que les pairs aidants soient intégrés aux GEM et qui se retira pendant un an du comité de pilotage des GEM et ne participa pas du tout à l’élaboration du nouveau Cahier des charges de 2011. Celui-ci a entraîné beaucoup de remue-ménage, donnant aux GEM beaucoup de nouvelles obligations et les obligeant à de difficiles contorsions que finira par corriger le cahier des charges de 2016.

Coté recherche scientifique, ça marque le pas aussi. Ainsi les GEM ont fait l’objet entre dans les années 2008-2012 de très nombreux travaux et d’articles de presse et de dossiers spéciaux. C’est d’ailleurs en 2009 puis 2012 que seront soutenues les 2 seules thèses de sociologie ayant un GEM pour objet (Grard 2009, TroisOeuf 2012). Par contre il n’y a quasiment plus eu d’articles spécialisés sur les GEM entre 2012 et 2016. Le revirement sécuritaire de 2011 et la nouvelle mode de la pair-aidance ont sans doute aussi participé à détourner l’attention de la démocratie psychiatrique. En témoigne d’ailleurs la stagnation du nombre de GEM entre 2011 et 2014. Cela n’a pas empêché la soutenance d’une dizaine de mémoires des Écoles de Santé Publique pendant ce laps de temps. La multiplication des travaux depuis 2017 témoignerait d’une sorte de retour de balancier, sans doute dû aux forts mouvements d’usagers qui ont vu le jour depuis le phénomène « Nuit Debout » pour davantage de moyens et de démocratie en psychiatrie. Un rapport de sociologie des GEM nous est par ailleurs annoncé par le Cnigem pour juin 2021.


Une seconde expansion à partir de 2015

Le budget alloué au GEM reprendra sa progression qu’en 2015 avec un million d’Euros en plus puis 3 millions en 2018. Après avoir stagné pendant 3 ans depuis 2014, le nombre de GEM grimpe de nouveau depuis 2016 avec 16 créations par an, puis 36 en 2017 et 50 en 2018 (ça sera même 6 millions en 2020 dont 4 pour faire face à la crise Covid). Afin d’améliorer la couverture du territoire beaucoup de GEM ouvrent une succursale dans une ville voisine (on appelle ça un GEM itinérant) qui deviendra à son tour un GEM quelques années plus tard. Outre leur multiplication (150 GEM créés depuis 2016), on assiste à un enracinement des GEM dans leur environnement local, grâce à la multiplication de leurs partenariats. L’ARS consacrant d’ailleurs 10 % du budget GEM (36 millions d’euros) à la création de nouveaux GEM et ayant autorisé la création de nouveaux GEM à destination des autistes et des déficients mentaux (Nancy l’Arche, Colombes Espérance Hauts de Seine).


On assiste par ailleurs depuis 2018 à une forte structuration des GEM avec un financement très important donné par les pouvoirs publics à une fédération InterGEM, le CNIGEM, chargé de devenir le représentant officiel des GEM, tandis que certaines associations traditionnelles comme la FNAPSY voient leurs subventions baisser. Tout comme l’UNGF (L’Union Nationale des GEM de France, le Collectif National InterGEM) a vu le jour en 2009, mais il est resté relativement effacé, jusqu’à qu’il prenne le pouvoir en 2018, en devenant la principale association de GEM en France et en recevant des subventions en conséquence. Que va-t-il se passer maintenant ?

Les GEM après avoir été un temps éclipsés par la vague de la pair- aidance, semblent de nouveau depuis 2016 être dans l’agenda des politiques de santé. En témoigne l’intégration des GEM dans le plan autiste et leur ouverture progressive à d’autres type de handicap et notamment la déficience intellectuelle, comme à Nancy avec le GEM de l’Arche ou à Colombes avec Espérance Hauts de Seine. Pour résumer la situation, on pourrait dire que leurs 15 premières années d’existence ont été celle de l’accouchement et que les 15 prochaines peuvent être pressenties comme celles de leur envol pour atteindre une vitesse de croisière.

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