O secours le président à pété les plombs

Article principal: Président la figure montante des GEMs

Ça n’est pas une sinécure de devenir président de GEM… Si tous ne vont pas jusqu’au suicide comme les malheureux présidents de GEM du Nord en 2015 puis cette année, aucun n’en sortira totalement vivant. S’il est une chose que nous avons remarquée, c’est que le métier de président de GEM est un métier particulièrement à risque. Rares sont les présidents actifs de GEM qui terminent leur mandat dans la sérénité, comme s’il n’y avait pas les mêmes régulateurs invisibles que l’on peut trouver dans les autres associations ou formes de gouvernement. Bon an, mal an, les présidents de la République finissent tous leur mandat, souvent qui plus est dans une atmosphère assez apaisée (d’autant plus lorsqu’ils savent que c’est leur dernier mandat). Pour les présidents de GEM, en revanche, ça se passe beaucoup plus mal, ses sujets ayant généralement moins de vénération pour sa fonction qu’en ont les Français envers leur président. Et il y a même un risque notable pour que le président termine son mandat à l’hôpital sous contrainte, comme cela est récemment arrivé encore dans un GEM de la région Grand Est.
Devenir président de GEM est souvent un événement majeur dans la vie d’une personne ayant connu des problèmes psychiques graves et cela va changer celle-ci durablement, ne serait-ce qu’en lui donnant de nouveau un pouvoir dont il a été pendant trop longtemps privé. Devenu président, il va devoir cogérer le GEM avec l’animateur, prendre des décisions importantes et participer à toute l’organisation de l’association. Cela veut dire venir tous les jours au GEM, s’entretenir quotidiennement avec l’animateur, jouer son rôle d’assistante sociale avec les adhérents qui en ont besoin.
Et contrairement à l’animateur qui dispose de son statut professionnel, de son employeur et des échanges avec les autres animateurs, pour se faire respecter, le président ne peut compter que sur lui-même et la bonne entente avec ses camarades adhérents qui peuvent très rapidement se retourner contre lui, ne serait-ce que par une manœuvre du parrain ou de l’animateur. Après tout, c’est lui qui dispose des finances, qui passe le plus de temps dans le GEM et qui a souvent plusieurs années d’expérience. Face à lui, un individu, longtemps mis à l’écart par la psychiatrie, plus ou moins assommé par les neuroleptiques et très souvent encore en phase de rétablissement.
Mais l’inverse où c’est le président qui a le dessus est aussi parfois vrai. Au cours de mon enquête par deux fois on m’a parlé d’un président maltraitant envers ses animateurs et je l’ai personnellement vécu dans un autre cas. Ayant été retiré de la société pendant quelques années, le président n’a plus toujours conscience de la nécessaire fluidité des relations sociales et reproduit lui-même les situations de maltraitance qu’il a connu à l’hôpital où il a souvent vécu l’humiliation de la contention ou de la chambre d’isolement et ou il y a toujours quelqu’un qui commande et quelqu’un qui obéit. Quand le GEM se trouve à proximité des locaux du gestionnaire, celui peut toujours finir par intervenir ne serait-ce que pour rappeler le droit du travail, mais très souvent le GEM n’est que la 4e roue d’une structure médico-sociale qui s’en fout un peu. Ça finira donc aux Prud’hommes ou par une démission carabinée pour l’animateur.

De l’empowerment à l’hubris

Devenir président est généralement très bénéfique pour l’empowerment d’un gémeur. Cela dit, cela comporte aussi des risques, celui d’être réhospitalisé. Les présidents sont en effet d’après l’ensemble de nos interlocuteurs beaucoup plus susceptibles de retourner en HP qu’un adhérent lambda. Soumis à de plus fortes pressions, le Président peut être aussi plus sujet à des phases maniaques, voire à un sentiment de toute-puissance… un peu du type de ce que les Grecs appelaient l’hubris (le goût de la démesure en toute chose) chez nos ancêtres empereurs. Un interlocuteur régulier me décrivait ainsi le processus :”les 6 premiers mois de sa présidence se sont bien passés, puis soudain elle est devenue de plus en plus méchante avec tout le monde. Puis, un jour, des ambulanciers sont arrivés et on l’a plus jamais revu.”
Dans certains GEM, cela peut se traduire par une utilisation un peu excessive du pouvoir, comme celui d’exclure tous les membres qui ne sont pas de son avis ou lui font de l’ombre ou de s’imaginer un certain pouvoir sexuel (un président fut ainsi attaqué en justice pour harcèlement sexuel envers une animatrice). Sur la dizaine de présidents que nous avons bien connus (ou dont nous avons très bien entendu parler), deux ont eu des déboires sexuels dont l’un s’est terminé par une plainte au pénal.

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