Quel leurre est-il au GEM?

Ce texte est une invitation au voyage à travers nos questionnements, réflexions, tentatives
d’élaboration autour de notre place de professionnels, de cette fonction de coordination, en
immersion dans cet espace d’expérimentation qu’est le GEM (Groupe d’Entraide Mutuelle).
Il s’agit pour nous d’en faire ressortir les atouts, les forces, les points d’appui, mais
également d’en montrer les difficultés et les limites. Dans un espace où les écrits
professionnels et outils institutionnels ne sont pas d’usage, il nous semble important
d’apporter une trace, une réflexion formalisée sur des pratiques qui s’inventent par
expérience, expérimentation.
« Essayer, rater. Rater encore, rater mieux ». Samuel Beckett

Quelques jalons …

Le principe d’autogestion inhérent à la création des Groupes d’Entraide Mutuelle, les
concepts de Pair-aidance, participation des usagers certes louables et séducteurs situent
néanmoins les adhérents, personnes ayant des troubles psychiques et les professionnels qui
les accompagnent dans une forme de leurre, de ratage originaire bref, un impossible.
En droit, l’association est l’action de former un groupement de personnes réunies dans un
but déterminé, pour la défense d’un intérêt commun.
La Loi handicap du 11 février 2005 reconnaît explicitement pour la première fois la
spécificité des handicaps psychiques et cognitifs, et crée un nouveau dispositif. Ce nouveau
dispositif porte le nom de groupe d’entraide mutuelle (GEM). Il s’adresse à des personnes
que les troubles psychiques mettent en situation de fragilité, désireuses de rompre leur
isolement, puis de participer aux activités du groupe d’entraide et d’envisager un parcours
conduisant à une meilleure insertion dans la vie sociale.
Evidemment, il est indéniable que ces dispositifs juridiques constituent une avancée
considérable dans la prise en compte des personnes en situation de handicap psychique.
Un peu d’histoire…

Enchainés, enfermés, accusés… la société a tout au long de l’histoire entretenu un rapport

complexe et ambivalent avec ses « fous ». La question de la place de ces personnes hors-
normes a toujours été l’objet de questionnements éthiques, politique, sociaux, religieux ….

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La psychiatrie naît à la fin du 18 ème siècle, les fous deviennent des malades à qui l’on a
enlevé les chaînes, mais que l’on garde enfermés.
La personne peut être perçue selon les époques et les contextes soit comme un individu
incontrôlable, qu’il faut maitriser ; soit comme une victime, empêchée de … dont il faut
prendre soin. L’asile a alors une fonction d’accueil et de soin mais aussi de surveillance et
de punition.
Ces dernières décennies, avec l’apparition des traitements et suite aux horreurs subies par
les personnes internées pendant la seconde guerre mondiale, la tendance idéologique a été
davantage à l’ouverture des hôpitaux psychiatriques et à l’intégration dans la cité (courants
antipsychiatrie, CMP…)
La loi de 2005 reconnait le handicap psychique, ce qui est un pas de plus vers la
désaliénation. On parle aujourd’hui d’intégration, de maladie entrainant un handicap. Des
moyens médico sociaux se déploient, la psychiatrie n’est plus affaire seulement du secteur
sanitaire. Les travailleurs sociaux apportent une nouvelle expertise, un regard décalé du
soin, et développent les notions d’accompagnement dans la cité, de compensation du
handicap.
Au milieu de ces modifications, apparait un dispositif : les GEM. Les GEM ce n’est ni du soin,
ni de l’accompagnement médico-social.
C’est le pari que les personnes qui ont de troubles psychiques peuvent créer, organiser et
faire un vivre un collectif. Loin de l’enferment, de la suspicion, il s’agit de leur donner des
clefs et de leur faire confiance sur leur capacité à gérer seuls un espace, à construire un
collectif. Il n’est plus question de déraison, il est question de s’organiser autour d’une
association. Qui dit association, dit collectif, objectifs, compromis, conflit, place de chacun,
rôle, continuité….
Dans cet espace, le discours social n’est plus la protection ou la punition mais la confiance
en la capacité à s’auto-gérer, à réguler un collectif.

Un grand-écart entre commande sociale et réalité intérieure

Vivre un collectif, co-gérer… C’est être dans la prise en compte de l’autre, prendre des
décisions, les faire vivre dans une réalité commune, garder de la constance dans ses idées et
ses actions, avoir la souplesse de réajuster, d’adapter, entendre les différents courants dans
le groupe, prendre en compte le contexte global et composer avec.
Le cadre législatif concernant les GEM, les objectifs de l’association sont établis avec des
visées généreuses, bienveillantes et normées. On demande aux personnes concernées de
s’inscrire dans une démarche, un projet, des perspectives.

Les GEM ont été élaborés à partir des modèles anglo-saxons d’Empowerment, de Pair-
aidance, de réhabilitation mais se veulent aussi inspirés par les mouvements de

Psychotérapie institutionnelle.

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C’est justement sur ces articulations complexes de la vie en groupe que les personnes
psychotiques se retrouvent souvent en difficultés.
En effet, comment avoir conscience d’un autre qui n’est pas soi, là où précisément la
conscience de soi dans une forme d’intégrité (corporelle, psychique) semble déstructurée ou
structurée différemment.
Comment par ailleurs, prendre en compte l’autre, le groupe de pairs quand on est soi-même
en proie à des angoisses de persécution, d’effondrement, d’absorption… ?

Une re-mise en question

Comment peut-on aider l’autre quand on est soi-même envahi par la peur et l’angoisse ?
Comment être en lien, en connexion avec un groupe alors que la seule présence de l’autre
vient nous persécuter ?
Qu’est-ce qui fait lien pour chaque sujet dans le champ de la psychose ? Est-ce qu’un
échange peut exister lorsque les mots sont lancés à la volée, sans adresse ?
Est-ce que rassembler des gens qui vivent les mêmes formes de difficultés sociales
(isolement, déstructuration du lien à l’autre, du temps, de l’espace…) dans un même espace
suffit à faire groupe ? Qu’est ce qui fait l’identité d’un collectif ?

Citons par exemple les règles d’organisation autour des repas, où des règles sont
cycliquement redéfinies, voire modifiées en fonction d’un évènement qui a fait crise. Il est
souvent plus aisé pour les adhérents de modifier la règle en usage dans l’illusion que cette
dernière aura ses effets, plutôt que de porter, affirmer, et assumer la règle qui existe.
A titre d’illustration, pour les repas la règle énoncée suite à plusieurs tentatives et de
nombreux débats, était 15 participants au maximum.
Pour une soirée raclette, nous apprenons que le nombre de participants a été fixé à 16
personnes parce que nous disposions ce jour-là de 16 coupelles à raclette !

Autre exemple autour des repas, un matin où nous étions en réunion, en arrivant juste avant
l’heure du repas, nous constatons que chaque adhérent a été acheter son sandwich. Sur les
quatre adhérents présents, l’un avait déjà mangé, deux commencent à déjeuner dès notre
arrivée pendant qu’une quatrième préparait son repas. Nous comprenons par la suite qu’un
autre adhérent avait été « perdu » pendant les courses.
A notre arrivée, nous verbalisons chacun de notre place notre étonnement quant aux
modalités d’organisation de ce repas. Questionnant le groupe sur l’existence d’une règle
commune concernant ces repas, l’importance pour chacun de vivre un moment convivial ?
Que signifient pour eux les termes de lien, partage ? Qu’attendent-ils de ces moments ?

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Leur réponse fut d’abord en lien avec notre présence : « C’est vrai nous aurions dû vous
attendre ! » Comme si l’existence du groupe ne pouvait que se construire autour de nous.

Quand la finalité des GEM réside en l’autonomie du groupe, de quelle autonomie parle-t-
on ? Autonomie pratique (organisation, gestion administrative…), ou autonomie psychique

(être un individu distinct des autres, capable de se positionner, d’exprimer un désir propre) ?
Alors, c’est une entreprise perdue d’avance ? Un leurre originaire des attentes de chacun
(Coordinateurs, Association de parrainage, financeur, partenaires…) en décalage avec une
réalité clinique qui est tout autre ?

Des moteurs…

Observons à présent ce collectif en décalant notre regard sur ce qui fonctionne.
Inscrite dans une ritualisation de fait, une forme d’autonomie pratique existe. Tenir à jour la
comptabilité, proposer des activités, partir en séjour sans être accompagnés par les
professionnels, ouvrir le local.
La durée de vie de ce groupe, le vécu commun ont permis aux adhérents de nouer des liens
entre eux. Ces liens existant d’abord en interne au GEM peuvent perdurer à l’extérieur, dans
une sphère plus personnelle.
Nous pouvons percevoir dans ce groupe une forme de bienveillance. Pour reprendre
l’expression de Jean Oury pour parler de l’ambiance, il y a au GEM de la « gentillesse », on
n’est pas forcément « gentil », mais il y a de la gentillesse. Les mots ne sont pas toujours très
tendres, ni toujours appropriés, mais on ressent une attention à l’autre, un autre qui est
certes étrange et étranger mais qui a sa « carte de séjour » sur le territoire du GEM.
Plusieurs adhérents portent un regard complétement différent du nôtre sur l’ambiance et
fonctionnement du GEM au quotidien « je trouve que le GEM ne s’est jamais aussi bien porté
qu’en ce moment » nous a rapporté un des administrateurs. Affranchis de nos visées
normatives, de ce qui prend sens, qui fait cadre pour nous, les personnes peuvent vivre au
jour le jour un moment suffisamment confortable pour pouvoir en profiter sans que chaque
tentative de lien ne soit une lutte ou un risque.
Au-delà de tout objectif associatif, l’existence même de ce groupe, de ce lieu où quelque
chose de la singularité de chacun peut être accueilli, fait repère ou refuge pour les
adhérents. Il peut faire fonction de soupape de sécurité psychique quand le monde extérieur
ou ordinaire est trop persécutant. « Dans cette jungle urbaine, ça me fait du bien de venir me
réfugier au GEM » a pu dire un membre du groupe.

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… Et des freins

Au GEM les participants sont tous invités à co-construire un cadre contenant, établir et faire
respecter un règlement de fonctionnement, construire et faire vivre un programme
d’activités, inventer et mener à bien de projets…
Dans nombre d’institutions cet espace contenant est porté et animé par des professionnels.
Plusieurs personnes inscrites depuis longtemps dans un parcours institutionnel se trouvent
confrontées soudain à une sensation de vide, un vide qui sidère et ne leur permet pas de
prendre cette place d’acteur qu’on leur demande. Ils viennent ainsi régulièrement
interpeller de manière massive voire invectiver le professionnel identifié comme celui qui
devrait prendre cette place.
Concernant la vie associative, nous pouvons décrire une situation récente. Au GEM, une
après-midi par semaine est dédiée à l’accueil des futurs adhérents. Il a été décidé par le
bureau associatif que les adhérents sur la base du volontariat étaient en charge de la
présentation du fonctionnement de l’association. Régulièrement, il est compliqué de trouver
des personnes volontaires pour investir ce rôle. Ce jour-là une personne franchit le seuil de la
porte. Personne ne semblant se mobiliser, ni même prêter attention à son arrivée, nous
demandons qui parmi le groupe peut présenter le GEM à notre nouvelle invitée. Sans
réponse, nous avons fait une nouvelle tentative de sollicitation individuelle des adhérents
présents qui n’ont manifesté aucun désir, voire une opposition franche à remplir cette
fonction d’accueil. Il a fallu que nous tenions notre position de ne pas combler ce manque
provoquant l’apparition d’un réel malaise pour qu’un des membres du bureau se résigne
enfin à occuper cette place.
Le manque qui dans la norme est constitutif du désir, vient là se transformer en vide,
renforcer l’angoisse et générer de la persécution pour certains adhérents. La personne
s’adresse alors à l’unique objet qu’il peut investir sur un mode paranoïaque. Le professionnel
est alors mis en lieu et place de Sujet Soupçonné (Tout) Savoir. (Nous utilisons
volontairement le signifiant « soupçonné » et non pas « supposé » en raison du caractère
paranoïaque des projections psychotiques).
Cette projection de toute-puissance est associée à un sentiment d’abandon volontaire de
notre part. (« Vous savez bien ce qu’il y a dans ma tête », « Est-ce que vous allez
m’hospitaliser », « pourquoi vous ne lui dites pas que… », « Est-ce que je peux aller aux
toilettes »…)
Pour d’autres adhérents, cette proposition de faire vivre à plusieurs un collectif implique une
perte de maîtrise trop angoissante. Ces personnes vont alors mettre en place de manière
défensive des passages à l’acte de l’ordre de la toute-puissance.

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Prenons pour exemple un adhérent qui pour surmonter son sentiment d’inconsistance
apporte régulièrement des objets personnels, qu’il qualifie de cadeau et qui lui permettent de
laisser son empreinte dans l’espace collectif quitte à ce que ce soit envahissant pour le
groupe.
Ou encore, une des personnes élues au C.A. par peur d’un débordement supposé qui pourrait
atteindre le groupe et elle-même en conséquence, va considérer que c’est dans sa fonction de
maîtriser les agissements de l’autre au-delà des règles de la vie collective.
Il ne s’agit pas là de porter ce qui constitue une règle commune, mais plutôt de porter sa
parole et son propre jugement guidés par ses projections.

Ces derniers, prenant à leur manière cette place de Sujet Soupçonné Savoir, font alors
également l’objet de projections négatives de la part d’autres membres du groupe.
Ces deux positions extrêmes peuvent fermer et figer le fonctionnement collectif, toutefois
on peut observer également des postures plus dynamiques qui, même chargées d’angoisse,
peuvent venir interroger et stimuler le collectif en tant que ressource. Certains adhérents
peuvent par exemple, après avoir été mis en difficulté dans le groupe, venir requestionner
ou réinterpeller le conseil d’administration, aborder leur mal-être et éventuellement
solliciter l’aide des autres membres de l’association.

Histoire, usure et projections.

A la genèse de ce projet, les participants ont adhéré à l’idée de définir les premières
fondations de ce « vivre ensemble », d’assumer pour la première fois des fonctions
associatives, de s’en sentir responsable.
Cette aventure collective était aussi animée par la volonté de prouver à l’extérieur (familles,
institutions) cette capacité, au-delà de la maladie et des stigmatisations qu’elle implique, à
inventer et faire exister un projet collectif. Cette dynamique s’inscrivait dans un mouvement
de l’ordre de l’engagement militant, de la résistance.
Ce projet a trouvé écho auprès d’un groupe de personnes qui se sont peu à peu rassemblées
en équipage (dans le sens étymologique du mot : ecupage « ensemble de ceux qui assurent
la manœuvre et le service sur un navire »)
A l’instar de ces longs périples pour découvrir de nouveaux espaces, l’équipage voguant
depuis plusieurs années, a essuyé des tempêtes, des moments d’errance, en proie à la
routine dévastatrice d’un quotidien qui peut être pesant. Alors parfois en proie aux doutes
des mutineries peuvent survenir.
Qui prendra alors la place du capitaine, au risque d’être adulé (surinvesti) ou de subir les
attaques de l’équipage. Qui acceptera de grimper en haut du mât pour jouer le rôle de vigie
(prendre de la hauteur, du recul) ? Qui sera mis aux fers, à l’écart du groupe au cours de la
traversée.

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Aujourd’hui l’équipage ayant acquis la force de l’expérience associative, est aussi en proie à
une forme d’oisiveté et d’inertie. Le navire flotte mais sans but identifiable, sans cap
déterminé.
Qu’en est-il de notre place dans cet équipage ? Prenons nous de temps autre la barre, en

lieu et place de capitaine ? Nous hissons-nous au poste de vigie (d’où notre vigi-lance quant-
au maintien de l’équilibre du collectif et du contexte environnemental.)

Ou nous astreignons-nous à garder la fonction de mousse à accomplir les tâches
quotidiennes qui assurent le fonctionnement courant ?

Si avec le temps le capitaine (Pour nous le capitaine n’est pas incarné par une personne mais
par un collectif : le Conseil d’administration du GEM) a perdu la boussole, ou si celle-ci s’est
détériorée avec le temps, nous faisons ce pari qu’en place de vigie, nous pouvons lui donner
suffisamment d’indications, pour redonner l’espoir à l’équipage et retrouver un cap qui
conduira le navire :

  • Soit sur une île déserte et aride où rien ne peut naître. Il faut donc repartir, reprendre
    la mer une fois de plus pour aller plus loin.
  • Soit sur de nouveaux espaces à conquérir, à investir et qui seront peut-être porteurs
    d’autres possibles. Afin que la communauté, après ces temps d’errance, puisse
    s’installer, se poser, cultiver ses ressources, inventer…

Alors, que peut-on retenir de ces images, ces voyages ? Qu’est-ce qu’on peut en entendre ?
Comment faire résonner (raisonner) nos errances ?
Quelle posture adopter dans cette place à réajuster en permanence entre porteurs de jalons
et d’étayage, recherche de sens ? Peut-être se mettre en retrait et observateur du groupe
pour lui laisser expérimenter ses propres modes d’organisation ou modalités de lien qui
peuvent être déformés selon nos critères mais bien existants cependant.
Allons, pour illustrer notre réflexion, chercher dans la littérature. Nous pourrions par
exemple, mettre en opposition deux personnages de l’Odyssée d’Homère :
Serions-nous à l’instar de Sisyphe condamnés à porter au sommet d’une colline le même
objet qui éternellement retombe ? Où tels Pénélope devrions-nous nous astreindre à tisser
et retisser sans cesse la même toile ?
Pour avoir osé défier les dieux, Sisyphe fut condamné, à faire rouler éternellement jusqu’en
haut d’une colline un rocher qui en redescendait chaque fois avant de parvenir au sommet.
Dans le mythe d’Ulysse, Pénélope pendant l’absence de son mari gagne du temps avec les
prétendants en employant une ruse : elle affirme qu’elle reprendra un époux lorsqu’elle aura
terminé son tissage; en réalité, elle défait et retisse sans cesse le même ouvrage dans
l’espoir qu’Ulysse revienne.

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Le contexte, le quotidien, une certaine forme d’usure peuvent parfois venir attaquer notre
désir professionnel. Comme Sisyphe, nous pourrions nous sentir condamnés à tenter de
reconstruire inlassablement le lien social, le collectif mis à mal par la psychose.
Toutefois, animés et portés par notre désir, d’ « y-croire », notre positionnement nous
incline plutôt du côté de Pénélope. Malgré la répétition nous croyons en la nécessité de
sous-tenir ce collectif, pour donner une consistance au groupe qui puisse à son tour contenir
les individus. Agir en quelque sorte en « holding du holding » selon la théorie développée
par Winnicott.
Dans cet espoir que nous portons, au-delà des symptômes, des peurs de l’autre, des voix qui
intrusent, des regards qui persécutent, des angoisses qui débordent… il y a chez chaque
personne que nous rencontrons, un sujet désirant parce qu’il fait le choix « d’y-être », dans
ce lieu, parmi ce groupe, dans cette association.

Ceci n’est pas une conclusion…

Alors est-ce que ça se tisse du désir ? Comment ça se bricole au quotidien ?
Comment laisser de petits interstices d’un vide qui ne soit pas mortifère mais qui au
contraire « laisse-à-désirer »1 ?
Pour nous, le pari c’est de « faire équipe », de s’appliquer entre professionnels une forme de
« veillance » au quotidien, une attention singulière à la place de chacun, place réelle ou
symbolique (la place que l’on occupe ainsi que la place à laquelle les adhérents peuvent
nous mettre), le partage de nos ressentis, de nos limites (au sens de Heiddeger pour qui :
« la limite n’est pas où quelque chose cesse, mais bien ce à partir de quoi quelque chose
commence à être »).
Gageons que le lien qui existe dans notre binôme professionnel, et que nous sommes
attentifs à maintenir vivant, permette des formes d’étayage, de prise de recul, de
déplacements, de questionnements, d’imagination, de créativité, de bonne humeur
(pourrait-on associer la recommandation de bonne humeur aux recommandations des
bonnes pratiques ?) auxquels les adhérents pourront être sensibles et s’identifier.

1 -J.Rouzel « La prise en compte des psychoses dans le travail éducatif»

Christine Rouvière, Fabrice Meunier, coordinateurs du GEM « l’Heureux coin », Grenoble octobre 2016

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